Comment dépasser les freins au développement de la télémédecine?

Par Marie Blanchon, Consultante Santé, Hardis Group

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ont bouleversé le quotidien des Français. Pour autant le système de santé en France demeure très hésitant dans le domaine de la santé connectée dont la télémédecine, qui peine à se développer. Quelles solutions mettre en place pour sortir de ce schéma d’inertie ?

La télémédecine au service des nouveaux enjeux du système de santé

Le nombre de médecins n’a cessé de décroître ces dix dernières années malgré l’augmentation souvent peu connue du numerus clausus. Ceci peut s’expliquer par plusieurs facteurs tels que les départs en retraite, la féminisation de l’exercice médical ou encore la décision des médecins d’exercer d’autres professions[1]. Ce phénomène entraîne un déficit de médecins, constaté en zone rurale comme en zone urbaine, causant des problématiques d’accessibilité aux soins et un allongement des délais d’attente. Cette désertification médicale s’explique également par la disparité des exercices professionnels selon les régions françaises.

Il est important de souligner qu’en santé le rôle de l’information est primordial. Sa facilité d’accès permet aux patients d’arriver en consultation en ayant recherché leurs symptômes et les traitements possibles sur l’Internet. Cela bouleverse la relation entre le patient et son médecin traitant, dont le rôle n’est plus le même que ces dernières années. Il doit adopter une posture d’écoute et de coordinateur autour du patient. L’amélioration de cette coordination est garante de la qualité et de la sécurité de la prise en charge.

En conséquence, le décloisonnement entre professionnels de santé est devenu l’une des priorités des gouvernements qui souhaitent repositionner le médecin traitant comme pivot de la prise en charge.

Face à ces nouveaux enjeux, la télémédecine apparait comme une réponse possible, au service des parcours de soins et de santé. Son utilisation modifie l’organisation autour du patient afin d’établir un diagnostic, assurer un suivi de l’état de santé ou encore solliciter l’expertise d’un professionnel spécialisé. Par son champ des possibles et sa capacité à fédérer des professionnels de santé autour d’un projet médical commun, la télémédecine est une des réponses aux enjeux de désertification médicale ou de coordination des soins.

Plusieurs études canadiennes, australiennes et anglaises[2] démontrent l’efficacité médico-économique de la télémédecine. En France, son déploiement est depuis plusieurs années au cœur des préoccupations politiques. Son inscription dans la loi « HPST » de 2009, la « Stratégie nationale de déploiement de la télémédecine » de 2011, la mise en place de programmes « Territoire de Soins Numérique » depuis 2013 ou encore les « Loi de Financement de la Sécurité Sociale » de 2014 et 2017 témoignent de la volonté constante de l’Etat d’intégrer cet outil dans le système de santé.

Les freins au développement de la télémédecine

Pourtant, la télémédecine peine à se développer, comme l’indique la Haute Autorité de Santé dans un rapport de 2016[3].

Au niveau des offreurs de soins, les freins sont principalement financiers. La Fédération Hospitalière de France voit le financement au forfait des expérimentations de télémédecine dans les établissements hospitaliers comme un « obstacle de taille » à son déploiement[4]. Il empêche la mise en place de stratégies de substitution des séjours d’hospitalisation, aujourd’hui rémunérés à l’acte, par de la télémédecine.

En parallèle, l’absence de financement pérenne et stable rend difficile la mise en place de projets d’expérimentation de télémédecine par les professionnels de santé libéraux. A cela s’ajoute la complexité des aspects juridiques et administratifs relatifs à ces expérimentations.

L’Assurance Maladie Complémentaire (AMC) – mutuelles et assurances santé – et des start-ups spécialisées recherchent de plus en plus fréquemment des synergies dans l’innovation en santé. C’est par exemple le cas de LMDE et de la start-up H4D qui proposent à leurs adhérents une cabine de télésanté dans le cadre d’une expérimentation. Une trentaine d’assureurs, dont Apicil et Alptis, ont signé un partenariat avec la start-up MédecinDirect pour ajouter un service de télé-conseil médical dans leur offre.

Cependant la mise en œuvre ces projets déclenche de nombreuses critiques de la part de professionnels de santé qui craignent une « ubérisation » de la médecine et la multiplication des portes d’entrées dans le système de soins.

L’intégration de l’ensemble de l’écosystème : un prérequis pour favoriser le déploiement de la télémédecine

S’il est difficile d’agir au niveau du financement de la télémédecine, des actions peuvent être menées afin de faire évoluer la gestion de projet et impulser la conduite du changement.

Historiquement sollicités pour mener des projets de transformation de manière industrielle, les cabinets de conseil s’orientent aujourd’hui vers les individus et développent leur expertise par l’expérience terrain. En accompagnant individuellement chaque acteur de l’écosystème, ils détiennent une vision globale des enjeux de chacun. Leur capacité à anticiper les besoins et réticences de tous en font les intermédiaires les plus aptes à faire coopérer l’ensemble des parties prenantes du système de santé, dans un cadre de confiance et d’écoute.

Afin de développer efficacement des projets complexes de télémédecine, il convient d’instaurer un dialogue entre des structures territoriales qui ne se connaissent pas et qui ont chacune un rôle à jouer :

  • Les offreurs de soins (salariés ou libéraux) et les acteurs médico-sociaux détiennent une expertise médicale et sociale. Sans eux, l’orientation et la coordination des soins deviennent beaucoup plus complexes, voire impossibles.
  • Les institutions, définissant le cadre réglementaire, sont incontournables pour envisager des évolutions législatives. Dans une volonté d’accélérer le déploiement de la télémédecine, ils pourront s’impliquer dans des projets reconnus comme pertinents.
  • Les associations de patients et d’usagers apporteront une vision de terrain sur l’utilisation des nouvelles technologies par les français. Leur présence permettra d’orienter la communication à mettre en œuvre autour des projets.
  • L’AMC développe de plus en plus de services auprès de ses adhérents, notamment autour de la prévention, et ne se cantonne plus à son rôle historique d’indemnisation des soins.
  • Les start-ups, maîtrisent les technologies de l’innovation, sont un laboratoire de recherche pour envisager des réponses numériques aux problématiques du système de santé.

Ce nouveau management de projet, bien qu’essentiel, n’est qu’un des piliers nécessaires à l’ancrage de la télémédecine dans les pratiques, en complément des contextes juridiques et financiers. Dans ce cadre-là, la télémédecine pourra répondre aux enjeux de désertification médicale et de coordination des soins, en concomitance avec les structures d’exercice regroupé et les parcours de soins et de santé.

 

Sources

[1] Selon le Conseil National de l’Ordre des Médecins ; consulté le 14/07/2017 sur le lien suivant : https://www.conseil-national.medecin.fr/node/1607

[2] La place de la télémédecine ; Ministère de la Santé et des Sports ; Novembre 2008 ; p.48 ; consulté le 14/09/2017 sur le lien suivant : http://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_final_Telemedecine.pdf

[3] Expérimentations relatives à la prise en charge par télémédecine ; HAS ; Septembre 2016 ; p.5 : « Le démarrage des expérimentations n’étant pas effectif à ce jour, la HAS n’a pas été en mesure d’en réaliser l’évaluation. » ; consulté le 22/09/2017 sur le lien suivant : http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2017-01/dir1/rapport_experimentations_telemedecine.pdf

[4] Consulté le 22/09/2017 sur le lien suivant https://www.fhf.fr/Presse-Communication/Espace-presse/Communiques-de-presse/Le-deverrouillage-economique-de-la-telemedecine-se-fait-toujours-attendre

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